La contraola 1: Irreversible de Gaspar Noé

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Fin du film, début de l’histoire. Cela se termine sur une note de bonheur, l’histoire n’aura été qu’une mélodie du malheur. Beethoven au piano, Noé en chef d’orchestre. En grand métronome de l’immoralité humaine, il nous entraîne dans une valse lugubre avec la violence en diapason. La partition est simple à jouer : un couple jeune et joli, une mauvaise rencontre, la femme violée, le garçon dans le cycle destructeur de la revanche humaine. Ce jeune réalisateur nous livre un opéra philosophique d’une société primarisée qu’on englue dans les bas-fonds de la moralité. Sonate de désespoir à la recherche du moralement beau.

Les rues parisiennes ne sont plus sûres la nuit, mieux vaut rester chez soi. L’épopée nocturne campe un trio de jeunes gens (une fille , son copain, son ex) biens sous tous rapports qui se frottent à la dure réalité de la vie. Leur odyssée les mène dans les pires endroits du désir humains, où s’y côtoie une faune nocturne aux us et coutumes moralement litigieuses. Esprits puritains, abstenez-vous. C’est l’empire du vice, le Paname by night version club masochistes, bordels à travelos et soirées libertino-bourgeoises. Dans ces temples de la débauche non contrôlée va se produire une spirale de violence incontrôlable. La femme (Monica Belucci) se fait souillée puis massacrée, son copain (Vincent Cassel) se met en tête de laver l’affront, retrouve la brute et la bute assisté de son acolyte (Albert Dupontel). Le choc est grand. Esprits sensibles, accrochez-vous. Le défoulement de haine trouve son apogée dans la scène de viol très longue et très dure. La délivrance n’arrive pas, on souffre jusqu’à ce qu’elle meurt, à même le sol, parmi les immondices d’un tunnel des plus sordides.

Les destins des personnages basculeront à l’entrée de ce tunnel, véritable césure dans la structure narrative choisie par Noé. Le récit commence par la fin, à contre-courant, comme dans les téléfilms de Colombo. Le film ainsi monté à l’envers, il nous en relate tous les aspects  mais nous plonge aussi dans un décalage émotionnel perpétuel par rapport aux actions des acteurs. Noé joue avec nos sentiments. L’artiste veut nous faire prendre position. Or, les actions sont expliquées après qu’elles aient été montrées, donc ne sont justifiables qu’après. Exemple : la démonstration commence dés le début du film avec le meurtre à coup de feux d’extincteur dans la gueule. Cette barbarie nous horrifie d’emblée, pourtant, à la moitié du film, chacun dans la salle ne peut qu’approuver ce geste. Le réalisateur ne s’amuse pas à perdre le spectateur (système des flash-back) mais plutôt à le prendre de court. On se laisse totalement absorber par les différentes émotions que veut susciter Noé. Les spectateurs et leurs jugements se laissent mener à la baguette. C’est vraiment bien orchestré.

Au même titre que Delivrance de John Boorman ou Orange mécanique de Kubrick, ce film apporte sa contribution au traitement de la violence au cinéma. Il explore la face noble de la violence, Cassel joue à Zorro face à l’acte impuni. Il avait pas trop envie de tendre l’autre joue, son geste ne pouvait que se comprendre. Tuer le mal par le mal. La loi du talion s’expose ici comme un idéal de justice, le meurtre comme un exutoire à l’injustice. La colère est un péché, d’accord, mais il ne faut pas toucher à l’un des siens. La raison du sentiment gagne sur celle de l’esprit. Les pulsions de violence sont des sentiments difficiles à évaluer comme à éradiquer. « Pourquoi vouloir toujours tout expliquer ? » interroge Monica. Pourquoi vouloir toujours tout simplifier alors qu’il est si bon de tout compliquer, disait Pasolini. L’homme n’est pas un animal rationnel, quelqu’un l’a déjà mentionné. Et il l’est encore moins devant la barbarie.

Début du film, fin de l’histoire. Une prophétie du chaos déclamée par Philippe Naon. Le mal détruit le bien. Les malheureux détruisent les illusions des heureux. Il ne s’agit plus de choquer le bourgeois mais de le cogner sévèrement. C’est pourtant bien triste de vouloir gâcher le bonheur des autres. Et très égoïste.

Noé nous chagrine en filmant des scènes belles et heureuses. Comme quand le couple, qui dans sa nudité réconciliatrice se réveille d’un beau rêve et apprennent qu’ils vont avoir un bébé. Nous savons qu’ils ne l’auront pas, qu’ils s’éveillent doucement au cauchemar, que le processus est irréversible, alors le dégoût nous gagne. Tout est noir dans le meilleur des mondes. Dans notre société si fraternelle, seule nous rapproche l’égalité au malheur. Personne ne sort indemne du voyage au bout de la nuit. Les illusions confortables d’un bonheur promis balayées dans les bas-fonds de l’immoralité, tel serait le fin mot de l’histoire. Qui a dit que l’enfer était pavé de bonnes intentions aurait mieux fait de se taire.

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